August Abdon Kinglo qui avait démarré sa thèse CECC en alternance entre la France et le Burkina Faso en 2023, a soutenu le 31 mars 2026 à l’Institut 2IE, à Ouagadougou.
Face aux défis croissants de sécurité hydrique en Afrique de l’Ouest et à l’exigence de l’Objectif de Développement Durable 6.1, la compréhension et la caractérisation de la productivité des aquifères de socle cristallin sur la base de forages existants deviennent primordiales. Cette thèse vise donc à mieux cerner les biais méthodologiques et anthropiques susceptibles d’influencer l’interprétation des propriétés hydrodynamiques dérivées de ces jeux de données.
Pour atteindre cet objectif, la recherche s’est structurée autour de trois sous-objectifs :
(1) établir une synthèse des connaissances sur la géométrie, la productivité et les contrôles hydrodynamiques des aquifères de socle en Afrique de l’Ouest ;
(2) évaluer la qualité, la complétude et la représentativité des bases de données nationales de forages, notamment celle du Burkina Faso (N = 24 726 forages), afin d’en apprécier le potentiel pour la caractérisation des aquifères altérés ;
(3) proposer une approche d’identification et de tentative de correction des biais d’échantillonnage liés aux pratiques de foration, dans le but de fiabiliser les analyses statistiques et les interprétations hydrogéologiques qui en découlent.
La démarche méthodologique adoptée repose sur la modélisation numérique stochastique de 10 000 aquifères synthétiques de socle et la simulation de différents scénarios d’instructions données aux foreurs (débit cible Q cible, profondeur maximale Zmax et minimale Zmin), aboutissant à la génération et à l’analyse de bases de données de forages synthétiques. Ces expériences numériques mettent en évidence l’existence d’un biais anthropique récurrent dans les bases de données de forages : le sous-échantillonnage vertical des horizons fracturés profonds. Il en découle une sous-estimation potentielle de la productivité réelle des aquifères et une représentation incomplète de la géométrie du réservoir fracturé.
L’analyse statistique de la base de données nationale de forage du Burkina Faso corrobore ces résultats. Les forages les plus profonds (Z ≥ 35 m) sont majoritairement associés à des ouvrages faiblement productifs à faible profondeur, résultant en une foration plus profonde en cas d’absence de venues d’eau significatives, et les forages les moins profonds (Z < 35 m) sont majoritairement associés à des ouvrages productifs à faible profondeur résultant en l’arrêt de la foration par le foreur dès l’obtention du débit cible. Dans ces différentes populations de forages, la productivité apparaît davantage contrôlée par l’épaisseur saturée de la saprolite que par l’épaisseur totale de la saprolite. De plus, à l’échelle régionale, la signature lithologique semble exercer une influence au même titre que les contextes climatiques. Le contexte climatique soudanien et le contexte lithologique volcano-sédimentaire, apparaissent globalement comme les plus favorables à la productivité.
Cette thèse insiste sur la nécessité d’un archivage systématique des métadonnées de foration (Qcible, Zmax, Zmin), aujourd’hui rarement documentées, afin de replacer les données dans leur contexte d’acquisition et de réduire les incertitudes liées à leur interprétation. L’enregistrement de ces informations constituerait un préalable à la construction de modèles prédictifs et à l’exploitation des bases de données hydrogéologiques nationales.
En outre, l’application d’algorithmes d’apprentissage automatique à des jeux de données « débiaisés » et enrichis de variables géologiques, structurales et environnementales pourrait permettre une spatialisation plus fine des propriétés hydrodynamiques et la prévision des débits de forage à l’échelle régionale.
